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XV
Cela correspond à l’obligation de tremper les ustensiles (tevilat qelim). En effet, tout ustensile ayant quitté la propriété d’un idolâtre doit être plongé dans un mikvé pour qu’il devienne apte à l’usage d’un Juif (cf. Shoul’han ‘Aroukh, Yoré Déa 120:1)1. Car les idolâtres représentent l’aspect de la teva (nature autonome), qui constitue la source même de l’impureté, comme nous l’avons vu.
Lorsque quelque chose se trouve dans leur domaine, il ne peut entrer dans le domaine d’Israël, dans la sainteté, que par l’immersion dans le mikvé — lequel correspond à la Providence, au Da’at, à l’aspect du verset (Isaïe 11:9) : « Car la terre sera remplie de Da’at (connaissance) comme les eaux recouvrent la mer », comme expliqué plus haut.
En effet, la nourriture d’un Juif doit être empreinte d’une très grande sainteté, et l’essence même de cette sainteté passe par le Da’at, c’est-à-dire la révélation de la Providence. C’est là le sens de la consommation de la matsa à Pessa’h, car on révèle la Providence précisément par l’acte de manger — en mangeant la matsa, comme nous l’avons vu.
Car le premier homme (Adam Harichon) a fauté par la consommation de l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal, qui correspond à la hokhmat ha-teva, où bien et mal sont mélangés. Il s’agit du Da’at de la Sitra A’hara, qui a corrompu le Da’at de sainteté. Et l’essence de cette dégradation s’est produite par l’acte de manger.
L’élévation de l’acte de manger repose précisément sur la foi, selon l’aspect du verset (Téhilim 37:3) : « Nourris-toi de foi », comme expliqué ailleurs (Liqouté Moharan, §62)2. Car lorsqu’on ne mange pas avec sainteté, cela altère le Da’at, c’est-à-dire la conscience de la Providence, et on tombe alors dans l’erreur de croire en la hokhmat ha-teva.
C’est ainsi qu’il est écrit (Deutéronome 8:14–17) : « De peur que tu ne manges, que tu sois rassasié, que ton cœur s’enfle et que tu oublies Hachem ton Dieu… et que tu dises dans ton cœur : “Ma force et la puissance de ma main m’ont acquis cette richesse.” » Autrement dit, on attribue la réussite à la nature — comme si la subsistance provenait de sa propre force — et l’on nie alors la Providence. C’est cela l’aspect de « ma force et la puissance de ma main », qui correspond à la faute des mains mentionnée plus haut — la dégradation des 28 articulations des mains, parallèles aux 28 lettres de l’œuvre de la Création (Ma’assé Bereshit). C’est pourquoi il est ensuite dit (ibid. 8:18) : « C’est de l’Éternel, ton Dieu, que tu dois te souvenir, car c’est lui qui t’aura donné le moyen d’arriver à cette prospérité… »3 — c’est-à-dire qu’en vérité, tout provient de la Providence divine. Hashem a tout créé par les 28 lettres de la Création, et Il veille constamment sur le monde, Lui qui donne la force — précisément koa’h (28) — comme nous l’avons dit.
C’est en effet Hashem qui supervise et maintient le monde par les 28 lettres du Ma’assé Bereshit, et c’est pourquoi Israël doit sanctifier sa nourriture au plus haut point. C’est là le sens des nombreuses mitsvot liées à la nourriture et aux boissons : car l’essence de la révélation de la Providence dépend de la sainteté de ce que nous consommons, comme nous l’avons expliqué. C’est cela le sens du verset (Deutéronome 8:10) : « Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras Hachem ton Dieu pour la bonne terre… »4 — c’est-à-dire que tu béniras Hachem après avoir mangé, en reconnaissant que tout vient de Lui, par Sa Providence. L’expression « pour la bonne terre » fait allusion à la terre d’Israël, qui représente l’aspect de la Providence divine, comme il est dit (ibid. 11:12) : « [Une terre] qui est constamment sous l’œil du Seigneur »5, comme mentionné plus haut.
Car l’essence de la propriété d’un homme est son da’at, comme il est dit (Nedarim 41a) : « Si tu as acquis le da’at, que te manque-t-il ? » — car l’essence de l’homme est son da’at.
Cela correspond à la consommation de la manne, à propos de laquelle il est dit (Exode 16:4) : « Je vais faire pleuvoir pour vous une nourriture céleste »6 — la manne descendait uniquement par Providence, chaque jour selon les besoins, et de nombreux miracles lui étaient associés. Lorsqu’on croit que la subsistance vient entièrement de Dieu, uniquement par Sa Providence, sans aucun recours à la nature, alors cela correspond à l’aspect de la manne. C’est en ce sens qu’il est dit : « La Torah n’a été donnée qu’à ceux qui mangèrent la manne. »7 Ainsi, au commencement du rapprochement d’Israël vers leur Père céleste — c’est-à-dire à Pessa’h, au moment de la sortie d’Égypte — ils devaient manger de la matsa, qui représente les mo’hin (facultés spirituelles) et le Da’at (conscience divine), tout comme la manne. De fait, par la consommation de la matsa à Pessa’h, on attire un grand Da’at : on prend conscience que tout est dirigé uniquement par la Providence. C’est cela l’essence du rapprochement d’Israël avec leur Père céleste, comme nous l’avons vu.
C’est pourquoi un ustensile ayant appartenu à un idolâtre — lequel appartient au côté de l’impureté, car il attribue toute chose à la nature (d’où viennent les forces de rigueur et de la Sitra A’hara) — n’est pas apte à servir pour la table d’un Juif, à moins d’avoir été immergé dans un mikvé. Par cette immersion, l’ustensile passe de l’aspect de la nature à celui du Da’at, de la Providence, du Alma de’ate (le monde à venir), aspect du mikvé, comme nous l’avons dit. Cela correspond à la purification des ustensiles (Nombres 31:23) : « Tout ce qui passe par le feu, vous le ferez passer au feu », car « du feu ils proviennent, et le feu les consumera », comme expliqué plus haut. En effet, lorsque l’interdit — c’est-à-dire l’impureté — a déjà pénétré l’ustensile, ce qui provient de l’aspect de la nature (source des hérésies, de toutes les impuretés et de tous les interdits), alors il ne peut être purifié que par le feu, car l’interdit est enraciné dans le feu — origine de la nature. Mais si l’interdit n’a pas encore été absorbé par l’ustensile — qu’il est simplement passé du domaine de l’idolâtre à celui d’un Juif — cela signifie qu’il a quitté son da’at et son domaine. Car l’essence de la propriété d’un homme est son da’at, comme il est dit (Nedarim 41a) : « Si tu as acquis le da’at, que te manque-t-il ? » — car l’essence de l’homme est son da’at. Ainsi, lorsqu’un ustensile quitte le domaine d’un idolâtre — c’est-à-dire le domaine de leur da’at, qui représente la nature — il suffit de l’immerger dans un mikvé. Ce mikvé est lié au Alma de’ate, d’où l’on reçoit l’aspect de la Providence divine, pour briser et annuler l’emprise de la nature. Par cela, on passe de l’impureté à la pureté, du domaine des idolâtres à celui d’Israël — qui se situe au-dessus de la nature, comme expliqué plus haut.
(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 2, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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