Liqouté Halakhot - Rabbi Nathan de Breslev

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Briser la nature et révéler la Providence - 10

Le vin qui réveille les endormis

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David Trauttman
sept. 15, 2026
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XVI

Cela correspond au vin des quatre coupes, car le vin contient en lui deux aspects. Comme l’ont dit nos Sages (Yoma 76b) : « S’il a du mérite, le vin devient une tête (rosh) ; s’il n’en a pas, il devient pauvreté (rash). »1

C’est-à-dire que, si on a le mérite, le Da’at (la conscience) s’élève à travers le vin — et l’essence du Da’at, c’est la révélation de la Providence divine. Ainsi, boire du vin dans la sainteté permet de révéler plus profondément cette conscience de la Providence, selon l’aspect : « S’il a du mérite, il devient une tête ». Mais si on ne le mérite pas, c’est l’inverse : « il devient pauvreté », car, selon l’enseignent de nos Sages, il n’y a de véritable pauvreté que dans le Da’at2. C’est de là que provient la pauvreté réelle : lorsqu’on manque de cette conscience de la Providence, qui est le véritable Da’at, la pauvreté s’installe. Cela correspond à ce qui est dit (Genèse 3:17) : « C’est à la sueur de ton front que tu mangeras »3 — allusion à l’effort pénible, à la pression et au manque qui découlent de la pauvreté, fruit de l’éloignement du Da’at, lesquelles résultent du défaut causé par la faute de l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal. Cet arbre représente la hokhmat ha-teva (la croyance dans l’autonomie de la nature), comme expliqué plus haut. Car la teva (la nature) est assimilée à l’obscurité et à la nuit, aspect du défaut de la lune, comme on l’a vu. C’est de là que provient l’essentiel de la pauvreté, comme cela est bien connu. Ces deux aspects sont contenus dans le vin, car le vin peut aussi bien élever que faire sombrer, et il amène le sommeil.

Cela correspond à l’aspect de la teva (nature), qui est lié à la nuit et au sommeil, comme expliqué plus haut. À l’inverse, lorsque l’on a le mérite, le vin éveille du sommeil, selon ce qui est dit (Cantique des Cantiques 7:10) : « Ton palais est comme un vin excellent, coulant doucement sur les lèvres des endormis » — c’est-à-dire qu’un bon vin, issu du côté du bien, a la capacité d’éveiller du sommeil. Cela correspond à l’aspect de la parole : car durant le sommeil, la parole se retire, et c’est par le bon vin que l’on se réveille du sommeil, et que la parole revient — parole qui jaillit du Da’at, comme cela est bien connu. C’est l’aspect de « coulant doucement sur les lèvres des endormis »4.

Cela correspond à la Providence divine (hashgacha), elle-même liée à la fin du sommeil [spirutel], comme expliqué plus haut. Puisque le vin contient deux dimensions — l’une, positive, liée au Da’at et à la Providence, l’autre, négative, liée à l’oubli et à l’obscurcissement — il peut soit réjouir le cœur et révéler le monde à venir (Alma de’ate), selon le verset : « Le vin réjouit le cœur de l’homme »5 (Psaume 104:15), soit, pour celui qui n’en est pas digne, troubler le Da’at et faire tomber dans la croyance en l’autonomie de la nature, comme on l’a vu plus haut.

C’est pourquoi il faut être extrêmement vigilant avec un vin qui a été touché par un idolâtre — plus encore que pour toute autre chose au monde. Aucune autre substance n’est rendue interdite par le simple contact d’un non-Juif, si ce n’est le vin, qui devient alors un yayin nesech (vin interdit), dès qu’il est touché par lui. Comme ce contact est généralement fait par la main, le vin est aussitôt ramené à l’aspect de la teva, qui est celui des idolâtres — parce que, comme nous l’avons vu, le vin contient ces deux aspects. Ainsi, les idolâtres — qui représentent l’aspect de la nature — ont le pouvoir, par un simple contact, de rendre le vin impur et de le faire revenir dans la dimension de la nature. C’est pourquoi ce vin n’est plus digne d’un Juif, qui se tient au-dessus de la nature, et dont tous les aliments et les boissons doivent être saints. En effet, c’est à travers la nourriture et la boisson que l’on attire le Da’at de la Providence divine, comme nous l’avons vu.

Cela correspond à la faute spécifique du vin, qui se produit par le contact des idolâtres — et ce contact est en général un contact manuel. La principale altération du Da’at lié à la Providence se fait par la faute des mains : l’altération des vingt-huit articulations des mains, correspondant aux vingt-huit lettres de l’Œuvre de la Création (Maassé Bereshit), comme nous l’avons vu. Or les mains des idolâtres sont à l’opposé de cela — elles relèvent de l’aspect (Genèse 27:22) : « Les mains sont les mains d’Ésaü », c’est-à-dire l’erreur liée à la croyance en la nature, à l’idée que « ma force et la puissance de ma main » sont la source de la réussite, comme expliqué plus haut.

L’essence du chant provient du Olam haBa, et c’est de là que découle tout chant dans ce monde, lorsque nous chantons à propos des miracles. Tous les miracles s’accomplissent lorsque Dieu attire Sa Providence depuis l’extrémité du monde — depuis le monde à venir — jusque dans ce monde-ci, comme nous l’avons vu.

C’est pourquoi le vin est altéré par le contact d’un idolâtre, et devient yayin nesech (vin interdit). Il correspond alors au concept de l’erreur liée à la hokhmat ha-teva (la croyance en l’autonomie des lois naturelles), qui est un aspect du sommeil spirituel. Tel est le sens profond du terme nesech (libation), en écho au verset (Isaïe 29:10) : « Car Hachem a versé sur vous un esprit de torpeur » — qui parle justement de ceux qui observent les étoiles et s’égarent dans les configurations célestes, comme nous l’avons vu. C’est pourquoi, au moment de la sortie d’Égypte — où la Providence divine s’est révélée — il y a une mitsva de boire quatre coupes de vin. À ce moment-là, le vin correspond au concept du mérite : zacha, na’aseh rosh — il élève la conscience. En effet, la nuit du Séder, le Da’at s’élève, et la Providence se révèle davantage à travers le vin. Car Hashem attire alors Sa Providence et brise la nuit et le sommeil, comme il est dit (Exode 11:4) : « Vers le milieu de la nuit, Je sortirai au milieu de l’Égypte. »

Ainsi, le vin devient un « vin qui réjouit », et l’on peut parler et raconter la sortie d’Égypte durant cette nuit, grâce au vin — selon l’aspect : « coulant doucement sur les lèvres des endormis », comme vu plus haut. C’est aussi ce que disent nos Sages (Berakhot 35a) : « On ne dit de chant que sur le vin ». Tous les chants émanent de l’aspect du monde à venir (Olam haBa), moment où le chant s’éveillera pleinement dans le monde, comme il est écrit dans le Zohar haQadosh : « Alors, Moché chantera… » — il n’est pas écrit « chanta », mais « chantera », ce qui enseigne qu’il chantera à l’avenir, dans le monde à venir. L’essence du chant provient du Olam haBa, et c’est de là que découle tout chant dans ce monde, lorsque nous chantons à propos des miracles. Tous les miracles s’accomplissent lorsque Dieu attire Sa Providence depuis l’extrémité du monde — depuis le monde à venir — jusque dans ce monde-ci, comme nous l’avons vu. Lorsque le miracle se produit, il en résulte également un chant qui s’écoule du Olam haBa vers ce monde. Telle est l’essence de tous les chants liés aux miracles.

C’est pourquoi « on ne dit de chant que sur le vin » car à cet instant, le vin est inclus dans la sainteté, dans l’aspect du Da’at lié à la Providence — et telle est l’essence du chant : il attire la Providence dans ce monde, ce qui correspond au concept du chant du miracle. C’est pourquoi on dit le Hallel sur le vin, comme on l’a vu. C’est également le sens des quatre coupes de vin de Pessa’h, qui correspondent aux quatre empires (les quatre exils). Lorsque le vin est inclus dans la sainteté, dans l’aspect de la Providence, alors tous les exils — ceux des quatre empires — sont soumis. En effet, leur puissance provient de la croyance dans la nature, comme vu précédemment. Mais lorsque la Providence est révélée par le Da’at attiré par les quatre coupes de vin, toutes ces puissances sont annulées, comme expliqué.

(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 2, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)

Fin

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