Article précédent : S’effacer devant Hachem pour retrouver l’ordre
C’est pourquoi le serpent s’est d’abord tourné vers ‘Hava — car ‘Hava représente justement la dimension du « chélo késéder », d’où les forces d’impureté tirent leur emprise. La réparation essentielle consiste à annuler le désordre dans l’ordre, afin que la réalité de ‘Hava soit intégrée et absorbée en Adam. Car c’est précisément le désordre qui a pris le dessus sur elle, qui l’a incitée à la faute, dans le but de la séparer — à Dieu ne plaise — d’Adam ; que la réalité de ‘Hava — le « chélo késéder » — s’impose sur celle d’Adam — l’ordre —, jusqu’à ce qu’Adam fasse la volonté de ‘Hava, et que la dimension du désordre l’emporte, à Dieu ne plaise… Mais ensuite, ils firent techouva immédiatement, et commencèrent à réparer ce qu’ils avaient détruit. Toutefois, cette réparation ne sera achevée qu’à la fin, lorsque viendra notre juste Messie, comme il est dit.
C’est pourquoi, chaque année, nous devons réparer cela à Roch Hachana. Car c’est alors que le monde a été créé, et qu’il aurait fallu réparer cette réalité — mais elle a été endommagée, comme nous l’avons vu plus haut. C’est donc à ce moment-là que nous nous engageons dans notre service divin, à Roch Hachana et à Yom Kippour, pour réparer cette brisure, comme cela est rapporté dans les Kavanot du Arizal.
Il en ressort que l’essentiel de la réparation à Roch Hachana consiste à s’efforcer de revenir à l’ordre, de remettre toute chose à sa place. Il s’agit de faire techouva pour toutes les fautes qui procèdent de la dimension du désordre (chélo késéder), engendrées par un sentiment de grandeur personnelle. Il faut alors s’annuler entièrement devant Hachem, dans une annulation totale, afin d’élever tout le monde — le monde créé à ce moment-là, dans une configuration désordonnée — et de l’inclure à nouveau dans la dimension de l’ordre, comme nous l’avons expliqué.
C’est cela la dimension du sommeil de Roch Hachana, mentionnée dans les Kavanot, dans l’expression : « Il fit tomber le sommeil sur lui », etc1. Le sommeil est un état d’annulation — et il existe deux dimensions, celle de l’ordre (késéder) et celle du désordre (chélo késéder), correspondant respectivement à la hokhmah (sagesse) et à la Malkhout (Royauté), à Adam et à Hava. Il nous revient d’annuler la dimension de Hava devant celle d’Adam, afin de comprendre que même si le monde est régi par la Malkhout — c’est-à-dire par la dimension de Hava —, tout procède en réalité de Lui seul, béni soit-Il. Car « à Hachem appartient la royauté »2, et tout n’est que néant et absence devant Lui, béni soit-Il — comme il est dit : « Tous les habitants de la terre ne comptent pour rien »3.
Ce savoir — est une mitsva immense : savoir, faire savoir, et parvenir à la conscience véritable. Tel est le fondement de la vitalité de l’homme et de tous les mondes. C’est par lui que tout revient à l’ordre véritable (késéder), comme nous l’avons expliqué4.
Mais lorsque la dimension du désordre (chélo késéder) cherche à reprendre le dessus — ce qui correspond à la rigueur (dinim) —, comme c’est le cas à Roch Hachana, jour de la création du monde, jour qui porte en lui une configuration hors de l’ordre, et où Adam et ‘Hava ont fauté (comme nous l’avons vu), causant ainsi le renforcement du chélo késéder, il nous faut alors nous annuler totalement, dans la dimension du sommeil.
C’est-à-dire : il faut se détacher entièrement de son da‘at, de sa conscience, comme si l’on n’avait plus aucune connaissance personnelle — simplement couronner Hachem avec foi et simplicité absolues, sans aucun artifice de sagesse. Tel est l’essentiel de notre service à Roch Hachana et à Yom Kippour : révéler Sa Royauté sans chercher à comprendre, dans un effacement total de notre conscience, une annulation complète de nous-mêmes.
Telle est notre vocation durant ces jours redoutables, où tout Israël s’adonne à la prière, aux supplications, aux chants et aux louanges du Séfer Téhilim, et à toutes sortes de requêtes, de supplications, de seli’hot5 et de piyoutim6 — tout cela étant une expression de simplicité et de pureté, sans aucune sophistication intellectuelle.
Nous révélons Sa Royauté uniquement par la simplicité, sans sagesse humaine. C’est cela, la dimension du sommeil de Roch Hachana — comme expliqué dans les Kavanot. Là-bas, il est expliqué que le sommeil représente la rétractation des facultés intellectuelles (mo‘hin) de Zeïr Anpin7 vers les hauteurs, etc.
La vitalité même de la Royauté ne peut venir que par la Sagesse — comme il est écrit : « La sagesse fait vivre », et comme il est expliqué dans la leçon déjà citée du Liqouté Moharan. Il faut donc élever la Malkhout à sa racine, pour que la Royauté revienne à Hachem.
Alors, les mo‘hin et la vitalité sont attirés non plus par l’intermédiaire de Zeïr Anpin, mais directement par Bina — la Mère Suprême (Imma ‘Ilaa) elle-même, etc8. Ensuite, par le son du chofar, des mo‘hin renouvelés sont attirés, nés justement de ce sommeil spirituel — et c’est alors qu’on s’éveille de ce sommeil. C’est le moment où la Royauté (Malkhout) est « sciée », etc. (cf. les Kavanot)9. Autrement dit, ce sommeil représente une rétractation volontaire des mo‘hin : on les retire avec une intention précise, pour éviter que s’y accroche la dimension du désordre (chélo késéder), liée à l’orgueil et au désir de grandeur.
Car la racine même de ce défaut — le sentiment de grandeur — se situe dans les mo‘hin, ainsi qu’il est expliqué dans les écrits du Arizal : la faille de la grandeur, c’est un endommagement des mo‘hin. C’est pourquoi le mot « orgueil » (gaava) a pour valeur numérique le Nom Divin Yod-Hé (י”ה), correspondant aux mo‘hin10. Cela signifie que l’essence de l’orgueil se manifeste dans la pensée même où surgit la revendication : Anna Emloch — « Moi, je régnerai ».
En vérité, la vitalité même de la Royauté ne peut venir que par la Sagesse — comme il est écrit : « La sagesse fait vivre »11, et comme il est expliqué dans la leçon déjà citée du Liqouté Moharan. Il faut donc élever la Malkhout à sa racine, pour que la Royauté revienne à Hachem, comme dans le verset : « La Royauté appartiendra à Hachem » (cf. Obadias 1:21)12. Car tous les mondes, avec tout ce qu’ils renferment, tout ce qui relève de la Malkhout, n’a d’existence et de direction que par Sa seule Royauté — Lui qui domine sur tout.
C’est pourquoi il nous faut nous annuler devant Lui, et nous considérer comme un pur néant, à l’image du Nom MaH (מ”ה) — car toute vitalité dépend de cette configuration de MaH, de ce « que sommes-nous ? », comme nous l’avons vu plus haut.
(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 3, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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