Lorsque la nuit se dissipe : purification, Da’at et Royauté
« Lorsqu’on se lève, on doit se laver les mains, etc. » Voir l’enseignement commençant par « Au jour des prémices... » au leçon 56, où il est expliqué que chaque Juif possède un aspect de la Royauté, etc.
La nuit, la Malkhout (Royauté divine) est en exil, car sa perfection s’accomplit par la longévité des jours, qui est liée au Da’at (connaissance) et aux ‘Hassadim (bontés). Or, la nuit, les Dinim (rigueurs divines) prédominent, entraînant une dissimulation du Da’at. C’est pourquoi la Malkhout se restreint et descend parmi les mondes inférieurs1.
Le Da’at est reçu principalement par les mains, selon l’aspect de la Ma’hloket (controverse pour l’amour du Ciel)2, comme il est écrit (Eikha 3:41) : « Élevons nos cœurs avec nos mains... »3 Or, la nuit, le Roua’h Hadofeq (souffle vital qui anime le corps)4 ne circule pas aussi librement, et les mouvements du corps sont plus lents. Cela engendre une lourdeur et favorise la tristesse spirituelle, comme il est dit (Téhilim 30:6) : « Le soir dominent les pleurs... »5
L’essentiel du combat intérieur se situe au niveau des mains, comme il est expliqué ailleurs : la tristesse affecte particulièrement les mains. C’est pourquoi, au matin, lorsque le souffle se renouvelle et que tous les membres retrouvent leur vitalité, la tristesse est dissipée, comme il est dit (ibid.) : « … et le matin, c’est l’allégresse. » Le Roua’h Hadofeq retrouve alors son cours normal dans tous les membres, mais principalement dans les mains.
C’est pourquoi il faut purifier précisément les mains au matin. Puisque la tristesse s’y est accumulée durant la nuit, elles doivent être sanctifiées pour recevoir la Qedoucha (sainteté). La purification se fait par l’eau, qui représente les ‘Hassadim et le Da’at (connaissance). Grâce à cela, la Malkhout peut être reconstruite, car son édification provient des mains, comme il est dit (Cantiques des Cantiques 2:6) : « Son bras gauche soutient ma tête... »6
Ce verset fait référence au Roua’h Hadofeq du cœur qui se transmet aux mains, jusqu’à pouvoir les élever vers le Ciel. C’est ainsi que l’on reçoit la parole divine, dans l’aspect de la Ma’hloket LeShem Shamayim (controverse pour l’amour du Ciel), qui représente le Da’at. La perfection de la Malkhout repose donc sur cet aspect.
C’est le sens de l’enseignement (Berakhot 15a) : « Quiconque se soulage, se lave les mains, met les téfilines, récite le Shema accepte pleinement sur lui le joug de la Royauté céleste. » La perfection de la Malkhout passe par la soumission des forces négatives et des kelipot (forces impures) qui s’accrochent à la sainteté.
Rabbi Na’hman enseigne que l’achèvement de la Malkhout implique d’exhorter et de réprimander le peuple, afin d’écarter le mal et les kelipot, selon l’aspect de (Mishlei 25:4-5) : « Qu’on sépare les scories de l’argent... » et « Qu’on éloigne le méchant de la présence du roi, et son trône sera affermi par la justice. »
Le trône s’affermit par la bonté (‘Hessed), car c’est ainsi que le Da’at, qui correspond à la bonté, est attiré. C’est pourquoi on se lave les mains en deux étapes : avant et après s’être soulagé7. Il est impossible d’éloigner le mal sans le Da’at, comme cela est expliqué ailleurs. C’est pourquoi il faut d’abord purifier les mains, afin d’attirer le Da’at, qui correspond à la longévité des jours. Grâce à cela, il devient possible de révéler ce qui était caché, c’est-à-dire d’écarter et d’annuler les kelipot qui voilent la sainteté. C’est précisément cette révélation qui permet d’attirer la longévité des jours, associée au Da’at, comme expliqué précédemment.
Ces lumières sont reçues par l’intermédiaire des mains, et si les mains sont impures, elles risquent de transmettre une influence négative, car leur fonction est précisément de recevoir et de transmettre cette lumière.
Cela correspond au second Netilat Yadaïm après le premier, destiné à attirer le Da’at. En effet, la longévité des jours est obtenue en repoussant et en purifiant le mal, comme mentionné plus haut. De cela découle l’obligation de mettre les téfillines, car après avoir purifié les mains, on peut alors les élever, selon ce qui est dit (Devarim 32:40) : « J’en lève les mains vers les cieux... » et (Téhilim 134:2) : « Élevez vos mains en sainteté... » De cette élévation des mains découle une transmission du Da’at vers l’intellect. C’est ainsi que se forment les téfillines8, qui représentent les facultés intellectuelles (Mo’hin) et sont associées à la vie et à la longévité, comme l’ont enseigné nos Sages (Mena’hot 44a) : « Celui qui met les téfillines mérite la vie. »
C’est le sens du verset (Téhilim 24:3) : « Qui s’élèvera sur la montagne du Seigneur ? Qui se tiendra dans sa sainte résidence ? » C’est-à-dire : qui peut mériter le Da’at, qui correspond à la « montagne de l’Éternel » et à Son lieu saint – le Beit HaMiqdash – qui est lui-même un aspect du Da’at ? La réponse se trouve dans le verset suivant (Téhilim 24:4) : « Celui dont les mains sont sans tache, le cœur pur... »9, car la pureté du cœur permet d’atteindre la pureté des mains, selon ce qui est dit (Eikha 3:41) : « Élevons nos cœurs avec nos mains. »10 Grâce à cela, on peut monter sur la montagne de l’Éternel et mériter le Da’at, selon l’aspect du verset (Devarim 32:40) : « J’en lève les mains vers les cieux... »
Cela correspond également à la Ma’hloket LeShem Shamayim (controverse pour l’amour du Ciel), comme expliqué précédemment, ainsi qu’à l’harmonie entre ‘Hessed, Gevoura et Tiféret, qui s’élèvent et deviennent ‘Hokhma, Bina et Da’at. C’est pourquoi le Shoul’han Aroukh (Ora’h ‘Haïm 4:3) enseigne qu’il est interdit de toucher la bouche, le nez, les yeux ou les oreilles avant Netilat Yadaïm, car ces organes correspondent aux sept lumières qui reçoivent l’illumination du Panim (visage divin)11, c’est-à-dire de l’intellect.
Ces lumières sont reçues par l’intermédiaire des mains, et si les mains sont impures, elles risquent de transmettre une influence négative, car leur fonction est précisément de recevoir et de transmettre cette lumière. Après cela, on récite le Shema – qui est l’acceptation du joug de la Royauté céleste – et on y parvient grâce à tout le processus qui précède : se soulager, se laver les mains, mettre les téfillines, comme mentionné précédemment.
C’est cela la révélation du caché12, comme il est dit : « Hachem Éloqénou, Hachem E’had », signifiant que même dans toutes les occultations, tout reçoit sa vitalité de Lui, et qu’aucun endroit n’est exempt de Sa présence. C’est pourquoi le Zohar haQadosh (Ekev 273a) enseigne qu’il faut prolonger l’accent sur la lettre Dalet de E’had13, selon ce qui est dit (Devarim 17:20) : « De la sorte, il conservera longtemps sa royauté... »14 Cela signifie que l’essence même du Shema réside dans le Dalet de E’had, qui attire la longévité des jours, associée au Da’at, et qui l’intègre à la Malkhout (Royauté divine).
C’est le sens de l’enseignement de nos Sages (Berakhot 15a) : « Quiconque se soulage, se lave les mains, met les téfillines et récite le Shema, c’est comme s’il avait accepté sur lui pleinement le joug de la Royauté céleste. » Car tout cela constitue l’achèvement de la Malkhout, comme mentionné précédemment. C’est aussi la raison pour laquelle nos Sages ajoutent que cet enchaînement d’actes est considéré comme une immersion rituelle (tévilah), car il s’agit d’un processus de purification analogue au Miqvé, lié au Da’at Elyon (connaissance suprême) et aux grands ‘Hassadim (bontés divines). C’est cela l’essence de l’achèvement de la Malkhout, comme expliqué précédemment.
Regarde attentivement l’enseignement Oubeyom Habikkourim mentionné plus haut, et tu comprendras mieux ces sujets. Car tout ce qui est écrit ici est résumé, et il est impossible de bien saisir ces concepts sans étudier en profondeur l’enseignement complet.
1 Dans la pensée kabbalistique, la Malkhout (Royauté divine) représente la manière dont la présence d’Hachem se manifeste dans le monde. Pendant la journée, la lumière divine se révèle davantage, apportant clarté et bonté (‘Hassadim). La nuit, en revanche, symbolise un temps où la rigueur (Dinim) prend le dessus, rendant la perception de la divinité plus obscure. C’est pourquoi la Malkhout est dite « en exil » : elle semble cachée, et son influence paraît réduite. Elle « descend » dans les mondes inférieurs, ce qui signifie que la conscience du divin est moins accessible.
Ainsi, la nuit est spirituellement plus propice aux doutes et aux épreuves, tandis que le jour permet une connexion plus claire avec la sagesse et la bonté d’Hachem.
2 Le terme Ma’hloket LeShem Shamayim (controverse pour l’amour du Ciel) désigne un débat ou un désaccord qui n’est pas motivé par l’orgueil ou des intérêts personnels, mais par une quête sincère de vérité et de compréhension de la volonté divine. Nos Sages enseignent (Pirqei Avot 5:17) que seule une controverse menée LeShem Shamayim subsiste et porte des fruits durables. L’exemple classique est celui des discussions entre Hillel et Shammaï, qui bien qu’opposées, visaient à clarifier la halakha avec sincérité.
Ce type de controverse favorise une élévation spirituelle, permettant d’approfondir le Da’at (connaissance) et d’accéder à une sagesse plus haute, au lieu de diviser pour des raisons personnelles ou égocentriques.
3 « … vers Dieu qui est au ciel ! »
4 Le Roua’h Hadofeq désigne le flux d’énergie spirituelle et vitale qui circule dans le corps humain. Ce concept est lié à l’idée que la vitalité d’une personne ne provient pas uniquement des fonctions biologiques, mais aussi d’une force spirituelle qui soutient son existence. La nuit, ce flux ralentit, ce qui se traduit par une sensation de lourdeur, tant physique que spirituelle. Ce ralentissement est associé à une diminution de la clarté et de la vitalité, expliquant pourquoi la nuit est souvent un moment de tristesse, de doute ou de vulnérabilité spirituelle.
5 « Car Sa colère ne dure qu’un instant, mais Sa bienveillance est pour la vie ; le soir dominent les pleurs, le matin, c’est l’allégresse. »
6 « … et Sa droite me tient enlacée. »
7 Rabbi Nathan mentionne ici deux Netilat Yadaïm autour du même acte : avant et après s’être soulagé. L’ablution après est une obligation halakhique, car les mains sont considérées comme impures après être allé aux toilettes. L’ablution avant n’est pas une obligation stricte, mais certaines sources kabbalistiques et coutumières recommandent de le faire par respect pour la pureté des mains.
8 L’expression « C’est ainsi que se forment les téfillines » ne signifie pas que l’on fabrique physiquement les téfillines, mais plutôt que l’on mérite d’accéder à leur dimension spirituelle. Dans la pensée kabbalistique, les téfillines sont liées aux Mo’hin (facultés intellectuelles) et au Da’at (connaissance spirituelle). Par la purification des mains et l’élévation du Da’at, on s’aligne spirituellement avec ce que représentent les téfillines : la connexion entre l’intellect, le cœur et l’action dans le service divin.
9 « … qui n’atteste pas ma personne pour la fausseté, et ne prête pas de serment frauduleux. »
10 « … vers Dieu qui est au ciel ! »
11 Les sept lumières du visage font référence aux sept ouvertures du corps situées sur la tête : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche.
Dans la pensée kabbalistique, ces ouvertures sont considérées comme des canaux spirituels qui reçoivent l’illumination divine. Elles sont associées à la perception et à l’intellect (Da’at), permettant à l’individu de recevoir et de transmettre la sagesse divine. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas les toucher avant Netilat Yadaïm, afin d’éviter toute impureté qui pourrait perturber cette réception spirituelle.
12 La révélation du caché fait référence à l’idée que, bien que la présence divine (Shekhina) puisse sembler voilée ou absente dans certaines situations, elle est en réalité toujours présente et active. Dans la Kabbale, le monde matériel est perçu comme un lieu où la divinité est occultée (hester panim), mais cette dissimulation elle-même provient d’Hachem. La véritable émouna (foi) consiste à reconnaître que même dans l’obscurité spirituelle et les épreuves, tout reçoit son énergie de Lui, conformément au verset « Hachem Éloqénou, Hachem E’had », affirmant l’unité divine absolue.
13 Dans la récitation du Shema Israel, il est recommandé d’allonger légèrement la prononciation de la lettre Dalet dans E’had (« Un »), comme l’enseigne le Zohar. Cela symbolise la reconnaissance de la souveraineté divine sur les quatre directions du monde (nord, sud, est, ouest), affirmant que l’unité d’Hachem s’étend partout. Cet accent renforce aussi la concentration sur l’idée que, malgré l’apparente diversité et dissimulation dans le monde, tout est inclus dans l’unité divine absolue.
14 « Afin que son cœur ne s’enorgueillisse point à l’égard de ses frères, et qu’il ne s’écarte de la loi ni à droite ni à gauche. De la sorte, il conservera longtemps sa royauté, lui ainsi que ses fils, au milieu d’Israël. »
(Ora’h ‘Haïm, Hilkhot Netilat Yadaïm, Halakha 1 du Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
Un article d’ouverture est proposé en regard de ce texte, pour en dégager le mouvement intérieur et en faciliter l’accès.



