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III
C’est cela la puissance du miracle de ‘Hanouka1 : nous avons mérité une nouvelle mitsva — allumer la lumière de ‘Hanouka dans nos maisons chaque année. L’allumage des bougies de ‘Hanouka puise dans la lumière qui se lève depuis la trace (rechimou) sacrée de l’annulation (bitoul) vers la finalité suprême. De là découle toute la réception de la Torah et des mitsvot, qui constituent l’ensemble de toutes les lumières saintes, selon le verset : « Une mitsva est une lampe, et la Torah est lumière »2 (Proverbes 6:23). Par cela, on annule toutes les souffrances et toutes les forces du mal, qui permettent à la royauté des idolâtres de tirer leur vitalité. Car cette royauté s’est dressée contre Israël pour « leur faire oublier Ta Torah » (cf. Al Hanissim). Ils savaient, en effet, que l’arme principale contre eux, c’est la Torah, comme nous l’avons vu. C’est pourquoi ils ont voulu faire oublier la Torah — que le Ciel préserve.
Mais les Tsadiqim de cette génération, Matityahou le Grand-Prêtre et ses fils, s’annulèrent totalement devant Hachem. Ils se dévouèrent entièrement et mirent leur propre vie de côté pour le bien du peuple d’Israël — et cela, c’est le bitoul. C’est là le véritable et suprême conseil dans toutes les détresses qui frappent Israël collectivement, ou chaque personne individuellement — que le Miséricordieux nous en préserve. Il n’existe aucun autre conseil pour s’en échapper, si ce n’est par le bitoul vers la finalité : fermer ses yeux avec force, se rendre comme endormi, s’annuler totalement, comme si nous n’avions plus aucune perception — seulement attacher et annuler nos pensées à la lumière de l’Infini, béni soit-Il. Cela, chaque personne peut le faire — comme je l’ai entendu de sa bouche sainte3. Car même si l’on ne peut pas atteindre un bitoul parfait comme les grands Tsadiqim, chacun peut malgré tout s’annuler quelque temps, s’il le désire vraiment. Par ce bitoul, les souffrances et les détresses s’annulent. Toutefois, par la suite, il se peut qu’elles se renforcent de nouveau, que le Ciel préserve — et il faut alors se renforcer à nouveau pour les annuler, soit en formulant des nouveautés dans la Torah, soit en se consacrant à l’étude avec un élan renouvelé, comme on l’a vu plus haut.
IV
C’est pourquoi la réception de la Torah s’est fondée essentiellement sur ce principe : les enfants d’Israël se trouvèrent d’abord dans une immense détresse en Égypte, jusqu’à ce que Moché Rabbénou vienne et s’annule totalement, comme il est écrit : « Or l’homme Moché était très humble… »4 (Nombres 12:3). Cela représente l’essence même du bitoul, une humilité véritable. Par cette annulation, il annula toutes les souffrances, nous délivra d’Égypte, de toutes les impuretés et des forces du mal. C’est aussi à partir de ce bitoul qu’il fit descendre sur nous le feu de la Torah, pour chasser les forces du mal et les kélipot, afin qu’elles ne reprennent plus le dessus par la suite, comme cela a été expliqué.
C’est pour cela qu’il fut nécessaire de fuir l’Égypte avant de recevoir la Torah. En Égypte, il était impossible de recevoir la Torah : le pays était rempli d’idolâtrie. Il était donc très difficile et ardu de sortir d’Égypte, car à chaque fois que Moché s’annulait davantage et faisait briller sur Israël cette dimension d’annulation — en leur révélant le Nom d’Hachem, en leur transmettant la lumière de l’Ein Sof, en leur enseignant à s’attacher et à s’annuler vers Lui —, les Égyptiens se renforçaient d’autant plus, et endurcissaient encore leur cœur. Cependant, le bitoul doit toujours passer par une dynamique de « va-et-vient » (ratso vechov), comme on l’a vu. Il était donc difficile d’attirer la Torah à chaque fois. Mais, dans Sa compassion, Hachem nous fit des miracles immenses et redoutables, jusqu’à faire briller sur Israël une très grande lumière durant la nuit de la garde (leil chimourim), comme il est écrit : « Je passerai dans le pays d’Égypte… »5 (Exode 12:12), ce que le Targoum6 traduit : « Je me révélerai ». Comme cela est expliqué dans les kavanot, la lumière fut alors si grande que tous les premiers-nés égyptiens — qui guettaient l’occasion de s’attaquer à Israël — tombèrent et moururent. Ils ne pouvaient pas supporter, même de loin, le rayonnement de cette lumière.
Bien que Pharaon et l’Égypte se furent effondrés cette nuit-là, après coup ils reprirent force — car la Torah n’avait pas encore été reçue pour annuler leur pouvoir de façon définitive.
À ce moment-là, dans Sa miséricorde, Hachem fit resplendir sur nous une immense lumière toute la nuit sainte, la nuit de la garde. Ainsi fut brisée la puissance de la sitra a‘hara, c’est-à-dire la royauté de l’Égypte. Alors, Israël s’enfuit aussitôt. Il leur fallut fuir, car, inévitablement, ils allaient devoir revenir de cet état de bitoul, même s’il avait duré longtemps. Dans ce cas, les Égyptiens auraient pu de nouveau se renforcer, comme cela a été dit. C’est pourquoi la fuite était nécessaire : il n’était pas encore possible à ce moment-là d’attirer la Torah pour annuler la sitra a‘hara à travers elle.
C’est pour cela que les Égyptiens poursuivirent Israël ensuite, lorsqu’on annonça à Pharaon que « le peuple s’enfuyait »7 (Exode 14:5). Car bien que Pharaon et l’Égypte se furent effondrés cette nuit-là, après coup ils reprirent force — car la Torah n’avait pas encore été reçue pour annuler leur pouvoir de façon définitive. L’annulation véritable et complète n’a lieu que par la Torah, qui est attirée ensuite depuis la trace (rechimou) laissée par le bitoul, comme on l’a vu. Comme la Torah n’avait pas encore été donnée, ils ne pouvaient pas encore parvenir à cet effacement complet. C’est pourquoi Pharaon se renforça, endurcit son cœur et poursuivit les enfants d’Israël jusqu’à la mer. Ils étaient alors véritablement en grand danger, car Pharaon s’était renforcé encore davantage, et avait mobilisé toute son armée : six cents chars d’élite — représentant la totalité des forces de la sitra a‘hara (les forces du mal) et des jugements sévères, que le Miséricordieux nous en préserve. Car, comme on l’a vu, après chaque bitoul, ces forces se renforcent davantage encore.
Mais Hachem, béni soit-Il, eut compassion de nous grâce au mérite des Patriarches et à la puissance de Moché. Il fendit les eaux devant eux, par le mérite de la Torah qu’ils allaient recevoir — laquelle est assimilée à l’eau, comme on l’a vu. Grâce à cela, les eaux de la mer s’écartèrent devant eux, et ils traversèrent la mer à pied sec, tandis que les Égyptiens y furent engloutis — tout cela par la puissance de la Torah qu’ils allaient recevoir, laquelle est comme de l’eau, comme cela a été expliqué.
(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 4, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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