L’ordre au cœur du désordre
La création a pour but d’unifier ce qui est dans le désordre (chélo késéder) avec la dimension de l’ordre (késéder), d’élever tous les mondes vers leur racine – jusqu’à ce que la dimension du désordre, qui englobe l’ensemble des mondes, se dissolve et se fonde dans la dimension de l’ordre, qui est le da‘at – la connaissance de la divinité. Tel est le but ultime, la finalité dernière à laquelle tout est destiné à revenir, jusqu’à ce que tout s’annule devant cette réalité. Mais pour mériter cela – pour élever et reconnecter tous les mondes, qui appartiennent à la dimension du désordre, à leur source, qui est celle de l’ordre, de la sagesse et de la connaissance – cela n’est possible qu’en ce monde de l’action, par l’accomplissement des mitsvot et l’observance de la Torah. L’essence de la Torah se réalise à travers les mains, qui sont les instruments de l’action, comme il est dit : « Je t’ordonne en ce jour d’exécuter »1 (Deutéronome 7:11).
C’est cela le sens du verset : « Les deux Tables de l’Alliance étaient dans mes deux mains » (Deutéronome 9:17)2. En effet, l’essence de la Torah – représentée par les deux Tables de l’Alliance – est incluse dans les deux mains, qui sont les instruments de l’action. Car les mains ont la capacité de tendre chaque chose vers l’endroit où elle doit aller. De même, dans la globalité du monde, c’est par la dimension des mains – les instruments de l’action, représentant l’universalité de la Torah – que l’on saisit tous les mondes relevant du désordre (chélo késéder), pour les élever et les diriger vers Hachem, afin qu’ils soient réintégrés dans leur racine, dans la dimension de l’ordre (késéder).
L’essence de la sainteté consiste à inclure tous les mondes dans leur racine – c’est-à-dire à intégrer la dimension du désordre dans celle de l’ordre.
C’est à cela que fait allusion le Zohar : au moment du départ de Rabbi Eliezer le Grand de ce monde, il leva ses deux mains et dit : « Hélas pour les deux Torot qui quittent le monde », car les deux mains représentent l’ensemble de la Torah – la Torah écrite et la Torah orale3, comme cela a été expliqué. C’est pourquoi l’essence de l’attirance de la sainteté passe par la sainteté des mains. C’est cela la dimension du netilat yadayim du matin. Car durant le sommeil, la vitalité s’est retirée, et la sitra a‘hara, dont l’emprise appartient à la dimension du désordre (chélo késéder), s’attache précisément aux mains. Car elle est toujours liée à la sainteté, cherchant à la détourner.
Puisque l’essence de la sainteté consiste à inclure tous les mondes dans leur racine – c’est-à-dire à intégrer la dimension du désordre dans celle de l’ordre – et que cela s’accomplit précisément par la dimension des mains, comme expliqué plus haut, la sitra a‘hara (les forces impures), qui suit perpétuellement la séparation et cherche toujours à l’amplifier, tente constamment de séparer le chélo késéder du késéder. C’est pourquoi elle s’attache spécifiquement aux mains, car c’est là que réside le noyau de la sainteté, et ce sont elles qui constituent les instruments principaux permettant de relier et d’élever le désordre vers l’ordre. C’est donc à cet endroit qu’elle exerce la plus grande emprise.
C’est pourquoi, aussitôt que l’on se lève de son sommeil, on doit immédiatement se laver les mains avec de l’eau – afin d’attirer les eaux de la conscience, de faire descendre la dimension de l’ordre, et ainsi chasser la sitra a‘hara qui s’était attachée par le biais du désordre, comme cela a été expliqué. C’est ce à quoi font allusion nos Sages, de mémoire bénie (Chabbat 109a) : « C’est une fille de roi, et elle insiste… »4 – car la kelipah (force d’impureté) est effectivement appelée « la fille du roi »5. Elle tire sa force d’un défaut dans la royauté, lorsque l’on s’approprie la dimension de Malkhout (la Royauté) pour soi, en disant : « Moi, je règnerai ». Alors, tout devient désordonné. C’est de là que naît l’emprise des jugements et des kelipot, comme mentionné plus haut – et c’est pourquoi elle est appelée « la fille du roi », comme il a été dit.
1 « Tu observeras donc la loi, et les décrets et les règles, que Je t’ordonne... »
2 Cette formulation ne correspond pas mot à mot au verset précis. Il s’agit ici d’une citation libre, fréquente dans la littérature rabbinique et kabbalistique, où les versets sont parfois reformulés pour en faire ressortir un enseignement spirituel ou symbolique. L’accent est mis ici sur la correspondance entre les deux mains et les deux dimensions de la Torah.
3 La Torah écrite désigne le texte du Pentateuque (les cinq livres de Moïse), transmis par Hachem à Moïse sur le mont Sinaï. La Torah orale, transmise parallèlement, en explique les lois, les détails et les applications. Elle fut préservée oralement pendant des siècles, avant d’être mise par écrit dans la Michna, le Talmud et les écrits des Sages. Ensemble, elles forment l’intégralité de l’enseignement divin.
4 « … pour rester jusqu’à ce que l’on se lave les mains trois fois. »
5 Dans ce passage du Talmud (Chabbat 109a), l’impureté est décrite allusivement comme une « fille de roi », car elle agit comme une présence noble mais exigeante, qui ne tolère aucun manquement. La Kabbale interprète cela en profondeur : les kelipot (forces d’impureté) tirent leur vitalité d’un dérèglement de la Malkhout (Royauté divine). Lorsqu’un être humain revendique cette royauté pour lui-même — « Moi, je règnerai » — la kelipah s’attache à ce défaut, comme une prétention déplacée de noblesse.
(Ora’h ‘Haïm, Hilkhot Netilat Yadaïm, Halakha 3 du Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)



