Quand la chute devient une montée
Il existe une question que l’on ne pose pas toujours à voix haute. Une question qui surgit surtout lorsque tout semble confus, lourd, obscur : Où est-Il ?
Où est la Présence divine lorsque le monde paraît désordonné ?
Où est Sa Gloire lorsque l’on se sent éloignée, distraite, troublée intérieurement ?
Où est la lumière lorsque l’on traverse des zones d’ombre ?
Rabbi Nathan commence par une affirmation qui peut sembler vertigineuse : même les lieux d’impureté, même les temples de l’idolâtrie, même les endroits les plus éloignés de la sainteté, reçoivent eux aussi leur vitalité du Créateur.
Cela ne signifie pas que ces lieux soient saints. La Torah dit clairement : « Je ne prête Ma majesté à aucun autre » (Isaïe 42:8). La Gloire divine ne réside pas dans l’idolâtrie.
Mais cela signifie quelque chose de plus subtil, de plus profond : rien ne peut exister en dehors de la vitalité divine. Même l’endroit le plus obscur ne peut subsister sans recevoir, d’une manière cachée, une étincelle de vie.
Cette étincelle provient d’un niveau que Rabbi Nathan appelle la « parole close » – la parole de Beréchit, la première parole créatrice, enfermée dans une dissimulation extrême. Autrement dit : il existe une lumière si élevée qu’elle peut se cacher partout.
Et c’est là que commence le mouvement de réparation.
Cependant, il arrive que l’on tombe spirituellement.
Pas nécessairement dans des fautes spectaculaires. Mais dans des états intérieurs : découragement, dispersion, pensées qui tournent, lassitude, comparaison, culpabilité, agitation du cœur.
Il y a des moments où l’on se sent loin.
Rabbi Nathan dit quelque chose d’extraordinaire : lorsque l’homme chute jusque dans ces zones obscures, le simple fait qu’il commence à chercher – qu’il se demande « Où est la demeure de Sa Gloire ? » – constitue déjà le début de sa réparation.
Ce n’est pas encore la lumière.
Ce n’est pas encore la clarté.
C’est une question.
Mais cette question elle-même est un lien.
Car en cherchant « Où est-Il ? », on se rattache à la source cachée qui continue de donner vie même à cet endroit obscur.
La quête devient une montée.
C’est cela que la Torah appelle un qorban ‘ola – une offrande qui monte. Non pas un sacrifice sanglant au sens extérieur, mais un mouvement intérieur : l’élan d’un cœur qui cherche à se relever.
« Où est l’agneau pour l’holocauste ? » demande Isaac à son père (Genèse 22:7).
Cette question résonne dans notre propre vie. Où est la montée possible ? Où est la sortie ? Où est la lumière dans cet instant ? Rabbi Nathan relie cette question au mot Ayeh – « Où ? »
La réparation commence par ce « Où ? »
Pourquoi, dans ce texte, Rabbi Nathan parle-t-il ensuite des tsitsit et des vêtements ? Parce que les vêtements représentent la dignité – le kavod.
Rabbi Yo‘hanan appelait ses habits « mes honneurs » (Chabbat 113a). Le vêtement est ce qui donne forme visible à la dignité intérieure.
Spirituellement, nos « vêtements » sont aussi nos attitudes, nos pensées, la manière dont nous nous présentons au monde.
Lorsque l’on se sent intérieurement troublée, c’est souvent notre dignité qui vacille. On se juge. On se déprécie. On se sent diminuée. Les tsitsit viennent réparer ce vêtement de la dignité.
Comment ?
En nous rappelant que même dans les zones obscures, la vitalité divine continue de circuler – de manière cachée.
Les tsitsit sont faites de laine d’agneau. Et l’agneau renvoie à la question : « Où est l’agneau pour l’holocauste ? » La montée commence par le « Où ».
Ainsi, les tsitsit ne sont pas seulement un rappel moral. Elles sont l’expression visible d’une quête intérieure.
Rabbi Nathan décrit la parole de Beréchit comme une parole close, scellée, dont la lumière ne descend que par des canaux fins – à l’image des cheveux. Il cite le verset de Daniel : « Sa chevelure était blanche comme de la laine » (Daniel 7:9).
La blancheur de la laine symbolise une lumière très élevée, mais comprimée, filtrée.
Cela nous parle profondément.
Il existe en nous une lumière immense. Mais elle ne se manifeste pas toujours sous forme éclatante. Parfois, elle descend en fils très fins, presque imperceptibles.
Une petite pensée de retour.
Un frémissement de conscience.
Un soupir vers le ciel.
Les tsitsit sont ces fils.
Elles pendent aux quatre coins du vêtement, comme des rappels silencieux : la lumière peut descendre jusque dans les coins les plus éloignés.
Pourquoi quatre coins ?
Parce que la recherche ne se fait pas dans une seule direction.
Lorsque l’on traverse une obscurité intérieure, on cherche partout : dans la prière, dans une conversation, dans un verset, dans un silence, dans un geste de bonté. Les tsitsit s’étendent aux quatre extrémités du vêtement pour symboliser cette recherche dans toutes les directions.
Peu importe vers où l’on se tourne, Hachem peut être trouvé.
Cela ne signifie pas que tout soit permis. Cela signifie que la vitalité divine ne nous quitte jamais complètement.
Même la zone appelée nogah – cet espace intermédiaire entre lumière et obscurité – peut devenir un lieu de réparation. C’est profondément consolant.
Le texte cite le verset : « Vous les verrez… et vous ne vous égarerez pas après votre cœur » (Nombres 15:39).
Les pensées du cœur peuvent vaciller. Elles peuvent errer. Elles peuvent s’attacher à des images, des peurs, des comparaisons.
La réparation spirituelle ne vient pas par la violence contre soi-même. Elle vient par la recherche.
« Où est la place de Sa Gloire ? » Cette question transforme l’errance en quête.
Au lieu de rester enfermée dans la confusion, l’âme commence à se tourner vers la source. Et c’est précisément parce que même l’obscurité reçoit sa vitalité de la parole suprême que la réparation est possible.
On ne se relève pas en niant la chute.
On se relève en cherchant la lumière qui s’y cache.
Ce texte n’est pas dur. Il n’est pas accusateur.
Il dit quelque chose de très doux : aucune chute n’est totalement extérieure à la Présence divine.
Même lorsque la Gloire semble absente, la vitalité circule encore. Et le simple fait de chercher – même faiblement – nous relie à cette source cachée. Les tsitsit deviennent alors une image magnifique : aux bords du vêtement, aux bords de la conscience, pendent des fils de lumière comprimée.
Ils ne brillent pas toujours intensément.
Ils ne crient pas.
Ils rappellent.
Ils disent : cherche.
Cherche dans cette direction.
Cherche dans cette autre.
Tourne-toi encore.
Demande : « Où ? »
Et cette question elle-même devient une montée.
Peut-être que la demeure de Sa Gloire ne se trouve pas seulement dans des moments d’élévation évidente. Peut-être qu’elle se trouve dans le mouvement même de la recherche.
Dans la question posée dans l’obscurité.
Dans le désir de ne pas rester loin.
Dans le frémissement d’un cœur qui refuse de se résigner.
Les tsitsit aux quatre coins du vêtement disent : la recherche entoure ta vie. Et partout où tu cherches sincèrement, là aussi Hachem est présent.
La réparation ne commence pas par la perfection.
Elle commence par un « Où ? »
Et parfois, ce « Où ? » est déjà la lumière.
(Cet article a pour but d’ouvrir l’accès au passage du Liqouté Halakhot qui l’accompagne. La lecture du texte original permet d’en saisir toute la profondeur.)



