Article précédent : Quand le “moi” s’efface, l’ordre revient
Par conséquent, pendant la nuit, la dimension du désordre domine, tandis que l’ordre — qui est la sagesse, la lumière, le jour — s’est retiré. C’est pourquoi il faut alors dormir. Le sommeil correspond à une annulation de soi, car lorsqu’une personne ressent que son esprit est confus, que sa conscience n’est plus claire, les jugements risquent de se renforcer à partir de cette emprise du désordre. Car lorsque l’esprit de sainteté est présent et intact, il neutralise le désordre en le soumettant à l’ordre, comme nous l’avons expliqué : là où le masculin est présent, le féminin s’efface (Zohar).
Mais la nuit, lorsque l’esprit se retire, la dimension du désordre — avec tous les jugements — peut alors s’intensifier. C’est pourquoi la personne doit alors retirer complètement sa conscience, comme si elle n’en avait aucune, et s’annuler totalement. Cela correspond au sommeil qui est nécessaire la nuit, à un moment où l’esprit n’est plus en pleine possession de lui-même — afin que la force du désordre ne s’impose pas.
Ainsi, il faut dormir, pour retirer l’esprit et s’annuler complètement — afin de témoigner que la dimension du désordre, qui est celle du corps, n’a aucune vitalité par elle-même, si ce n’est par l’intellect. Maintenant, en dormant, on retire entièrement cet intellect — et le corps devient semblable à une pierre inerte, sans vie, ne recevant qu’une vitalité très réduite. Alors, pendant le sommeil, l’intellect se renouvelle et se renforce. Ainsi, lorsqu’on se réveille, les mo‘hin (facultés intellectuelles) reviennent dans un état renouvelé, et le corps retrouve également des forces. Car la vitalité du corps dépend principalement de l’âme.
L’âme et le corps sont, eux aussi, dans cette relation d’ordre et de désordre : comme l’homme et la femme, comme Adam et ‘Hava, comme la lumière et l’obscurité, la sagesse et la folie — comme il est expliqué dans la Torah « Recherchez Hachem et Sa force » (§37). Le corps n’a aucune vitalité propre — il ne reçoit la vie que par l’âme. C’est pourquoi, la nuit, quand l’esprit n’est plus dans sa plénitude, il faut le retirer complètement et s’annuler entièrement — c’est cela le sommeil — afin d’éviter que le désordre ne prenne le dessus, comme nous l’avons vu.
III
C’est pourquoi, lorsqu’on se réveille, il faut faire netilat yadayim (l’ablution des mains) avec de l’eau. Car l’eau correspond au da‘at (conscience), comme dans le verset : « La terre sera remplie de la connaissance d’Hachem comme les eaux couvrent la mer »1 (Isaïe 11:9). En effet, nous devons attirer vers nous les eaux de la conscience afin de rétablir l’ordre (késéder) afin d’annuler l’impureté spirituelle qui s’est accrochée aux mains — car son emprise appartient précisément à la dimension du désordre (chélo késéder).
De manière générale, le monde entier, face à Hachem, est dans une position de désordre (chélo késéder) — car Hachem est élevé et transcendant, au-delà même de toute spiritualité, alors que tous les mondes, eux, relèvent de la dimension du désordre face à Lui.
Toutes les emprises des kélipot (forces d’impureté) relèvent du désordre, c’est-à-dire de l’absence de la réception de la vitalité parfaite depuis la dimension de l’ordre. Cela correspond à l’obscurité de la nuit et au sommeil, lorsque le corps — qui est assimilé à la nuit — reste sans vitalité provenant de l’intellect, qui est lui-même assimilé au jour. Alors, la sitra a‘hara (les forces du mal), dont l’emprise provient précisément de la dimension du désordre, s’attache aux mains — spécifiquement.
L’aspect principal de la rectification mentionnée plus haut consiste à intégrer le chélo késéder dans le késéder, à le faire revenir dans l’ordre. Cela correspond à la lettre youd, qui est en relation avec la kaf (paume), dimension des mains, comme dans le verset : «Tu me serres de près derrière et devant, et Tu poses sur moi Ta main (kapékha) » (Psaumes 139:5). Ne lis pas : « Ta paume » (kapékha), mais : « Ton youd » (youdékha), comme l’ont dit les sages à propos du verset : « Tu ouvres Ta main (yadékha) » — sous-entendu : Ton youd2.
De manière générale, le monde entier, face à Hachem, est dans une position de désordre (chélo késéder) — car Hachem est élevé et transcendant, au-delà même de toute spiritualité, alors que tous les mondes, eux, relèvent de la dimension du désordre face à Lui. En effet, tous les mondes sont régis par la Malkhout3, comme cela est expliqué dans la leçon citée plus haut, et la Malkhout appartient à la dimension du désordre, comme vu précédemment.
C’est cela le sens de l’enseignement (Roch Hachana 27a) : « Le monde a été créé pendant le mois de tichri »4 — Tichri (תשרי) étant formé des lettres tav–shin–rech–youf, un ordre inversé (tashrak) — c’est-à-dire la dimension du désordre, qui est celle de la Malkhout, comme nous l’avons vu. La finalité même de la création du monde est, comme le dit le Zohar, « afin qu’ils Le reconnaissent ». C’est-à-dire : pour que l’homme puisse parvenir à un da‘at parfait — à la connaissance véritable de Lui, béni soit-Il. Cela seul constitue l’essence même du da‘at, et c’est cela, uniquement, que l’on appelle connaissance. Comme il est écrit : « Reconnais à présent, et imprime-le dans ton cœur, que l’Éternel seul est Dieu, etc. »5 (Deutéronome 4:39).
(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 3, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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