De l’ombre à la lumière - 7
Éveiller le bien pour sortir de l’obscurité
Article précédent : Le sanctuaire intérieur de la prière
XI
Toutes les bénédictions du matin1 font allusion à cela : en louant le Saint Béni soit-Il qui Lui-même aide à découvrir des points positifs en soi, afin que chacun se réveille de son sommeil et de sa chute2.
Cela correspond au concept de «Qui a donné au cœur l’intelligence pour distinguer le jour de la nuit »3, car le point positif correspond au jour, tandis que le mal correspond à la nuit et à l’obscurité. Par le fait que l’on découvre en nous des points positifs, on sépare le mal, et ainsi, on fait la distinction entre le jour et la nuit. Cela correspond au concept de « distinguer le jour de la nuit ».
Cela correspond au concept de : « De ne pas m’avoir fait non-Juif... »4, car si l’on ne trouvait pas en soi-même un point positif, on pourrait complètement chuter, que Dieu nous en préserve, et on deviendrait un non-Juif, que Dieu nous en préserve. Cependant, par le fait que l’on s’éveille et se renforce grâce à l’aide du Saint Béni soit-Il pour découvrir en soi-même un point positif, comme mentionné précédemment, nous remercions et louons le Saint Béni soit-Il en disant : « De ne pas m’avoir fait non-Juif... ».
Cela correspond au concept de : « Qui donne la vue aux aveugles »5, « Qui libère les captifs »6, « Qui redresse les courbés »7, car au début, lorsque nous sommes dans notre sommeil et notre chute, nous sommes dans l’état d’un aveugle qui tâtonne dans les ténèbres. Alors, nous sommes réellement dans une prison, nous sommes courbés, etc. Mais maintenant, grâce au point positif que nous trouvons en nous-mêmes, par le fait que Dieu a ouvert nos yeux, qu’Il nous a libérés de nos entraves, redressés de notre courbure, etc, grâce à cela, nous méritons véritablement de sortir d’un sentimennt de culpabilité et de passer du côté du mérite, et de nous repentir comme mentionné précédemment.
Ainsi toutes les autres bénédictions8 font allusion à cela. C’est ce qui est sous-entendu dans la bénédiction qui se termine par : « Qui donne de la force à ceux qui sont fatigués »9. Hachem nous a donné la force malgré notre grande fatigue, afin que nous puissions nous réveiller de notre sommeil.
Cela renvoie à la bénédiction : « Qui éloigne le sommeil de mes yeux et l’assoupissement de mes paupières, »10. Tout cela s’accomplit grâce au ‘Hessed (Bonté), comme expliqué précédemment. C’est pour cela que la bénédiction conclut : « Qui accorde sa bienveillance... »11, car tout se fait par l’intermédiaire de la bonté, qui correspond au concept du matin d’Abraham12, par le fait que nous jugeons les autres d’une façon favorable, comme cela a été expliqué plus haut.
Amalek incarne la force de la Sitra A’hara (les forces du mal, opposées à la Sainteté), qui cherche à abattre les faibles parmi le peuple d’Israël, leur faisant croire qu’il n’y a plus d’espoir, à Dieu ne plaise.
XII
Cela correspond aux quatre parachiot13.
La Parachat Shekalim14 correspond au concept de la charité, car la charité est synonyme de (Michée 7:20) « À Abraham la bonté »15, lui qui a accordé la charité et la bonté envers le monde entier. Grâce à cela, il est possible de trouver des points positifs, comme mentionné ci-dessus.
Cela correspond à (Isaïe 41:2) : « La justice suivra ses pas »16, car par la charité, le bien peut être réveillé même lorsqu’il est tombé au niveau inférieur – ce qui correspond au concepts des pieds – comme il est dit dans (Ruth 3:7) : « Elle découvrit ses pieds et s’étendit. »17 Cela se retrouve également dans les paroles de Rabbénou18, que sa mémoire soit bénie, à un autre endroit (Liqouté Moharan I, § 17) : « La charité réveille le bien, même lorsqu’il est caché dans des endroits éloignés du Saint Béni soit-Il. »
Cela correspond aux shekalim (pièces de monnaie) qui étaient consacrés pour l’offrande du Tabernacle, car le Tabernacle fut construit à partir du bien rassemblé19, comme mentionné ci-dessus.
Ensuite, on lit la parasha Zachor20, correspondant à la guerre contre Amalek21, car c’est par ce moyen que l’on révèle le bien, comme mentionné ci-dessus. Grâce à cela, Amalek est vaincu22.
Amalek incarne la force de la Sitra A’hara (les forces du mal, opposées à la Sainteté), qui cherche à abattre les faibles parmi le peuple d’Israël, leur faisant croire qu’il n’y a plus d’espoir, à Dieu ne plaise. Ainsi, il est écrit (Deutéronome 25 :18) : « Il s’est jeté sur tous tes traînards par derrière, alors que tu étais alors fatigué, à bout de forces... »23 Il vise les faibles, les traînards, pour les faire tomber, à Dieu ne plaise. C’est ce qui est sous-entendu par « Il s’est jeté sur tous tes traînards par derrière... »24
Cependant, lorsqu’on mérite de trouver en soi-même un point positif, même au moment de la chute, à Dieu ne plaise, cela permet d’abattre Amalek.
C’est pourquoi, après la Parachat Shekalim, qui représente l’éveil du bien, tel que précisé précédemment, on lit la Parachat Zachor, car par ce biais, on soumet Amalek, comme expliqué ci-dessus.
Ensuite, on lit la Parachat Parah25, qui représente la techouva (repentir), conformément à l’interprétation (Bamidbar Rabba 19 :8) : « Que sa mère vienne et nettoie après son fils. »26 En effet, grâce aux points positifs que l’on parvient à trouver, le mal est soumis – ce qui correspond à Amalek – et, par ce biais, on mérite véritablement de faire techouva, comme mentionné plus haut.
Cela correspond à ce qui est écrit dans le Zohar (Houkat 280) : « Une vache rousse parfaite. Rousse – cela désigne un Jugement sévère (dina kashya). Parfaite – cela désigne un Jugement adouci (dina rafya). »27 Ainsi, selon le Zohar, lorsqu’on se trouve dans un état de Jugement sévère, où le mal prédomine, à Dieu ne plaise, il faut alors adoucir ce Jugement en trouvant en soi un point positif qui subsiste encore.
Cela correspond également au verset (Nombres 19:2) : « Sans aucun défaut, et qui n’ait pas encore porté le joug. »28 Le point positif (nekoudah tovah) se manifeste ici sous l’image d’une colombe parfaite, sans aucun défaut, car ce point est beau et pur. Cela rejoint aussi ce qui est dit dans le Cantique des Cantiques (1:5) : « Je suis noire, (...) mais belle… »29 illustrant comment la beauté peut émerger même de l’obscurité, à l’instar de la pureté retrouvée à travers la techouva, comme mentionné précédemment30.
(Ora’h ‘Haïm – Lois du lever du matin, Halakha 1, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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Lorsque l’on parle des « bénédictions du matin » (בִּרְכַּת הַשַּחַׁר), il s’agit d’une série spécifique de bénédictions récitées au début de la journée. Ces bénédictions remercient le Créateur pour des éléments fondamentaux de la vie quotidienne, tels que la vue, la liberté de mouvement et le vêtement. Elles ne doivent pas être confondues avec d’autres bénédictions récitées au cours de la prière du matin (Shacharit), qui comprennent également des sections comme le Shema ou l’Amida.
Le « sommeil » et la « chute » mentionnés ici ne font pas référence à des états physiques, mais à des concepts spirituels, symbolisant l’absence de conscience divine et l’éloignement spirituel.
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui a donné au cœur l’intelligence pour distinguer le jour de la nuit. » Cette bénédiction fait partie des bénédictions du matin (Birkat HaShahar).
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, de ne pas m’avoir fait non-Juif. »
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui donne la vue aux aveugles. »
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui libère les captifs. »
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui redresse les courbés. »
Qui sont incluses dans les « bénédictions du matin » (בִּרְכַּת הַשַּחַׁר).
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui donne de la force à ceux qui sont fatigués. »
« Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, Qui éloigne le sommeil de mes yeux et l’assoupissement de mes paupières. »
« … à son peuple Israël. »
Le « matin d’Abraham » symbolise un éveil spirituel lié à la bonté (‘hessed) qu’Abraham a introduite dans le monde. Le matin représente la lumière qui dissipe l’obscurité, un moment de renouveau. Spirituellement, cela se traduit par la capacité de voir et de réveiller le bien chez soi et chez les autres, un principe fondamental dans la construction du Tabernacle. Abraham, par sa bonté, est vu comme celui qui éveille ce matin, apportant lumière et rédemption au monde.
Une Paracha désigne une section hebdomadaire de la Torah lue chaque semaine dans les synagogues, divisant l’ensemble du texte en 54 portions pour une lecture annuelle complète. Les quatre parachiot font référence à quatre lectures spécifiques ajoutées lors des semaines précédant ou entourant la fête de Pessa’h. Ces Parachiot sont liées à des thématiques particulières : 1. Parachat Chekalim : Évoque la contribution du demi-shekel pour le Temple ; 2. Parachat Zakhor : Commande de se souvenir de la guerre contre Amalek ; 3. Parachat Para : Relate les lois de la vache rousse, liée à la pureté ; 4. Parachat Ha’hodesh : Célèbre le mois de Nissan, préparatif à Pessa’h.
Ces lectures ont une signification spirituelle et historique, renforçant la préparation aux événements marquants du calendrier juif.
Le shekel était une unité monétaire et de poids utilisée à l’époque biblique. Lors de la période du Temple, chaque membre du peuple d’Israël devait contribuer annuellement un ḥatsi-shekel (un demi-shekel) pour l’entretien du Sanctuaire et les besoins des services du Temple, comme mentionné dans l’Exode 30:13-15. Cette offrande symbolisait l’égalité et la solidarité entre les membres de la communauté, car chaque individu, riche ou pauvre, donnait le même montant. La Parachat Shekalim (Exode, chapitre 30, versets 11 à 16) rappelle cet engagement collectif et met en lumière l’importance de la charité pour soutenir les institutions sacrées et renforcer les liens communautaires.
« Tu témoigneras à Jacob la fidélité, à Abraham la bonté, que Tu as jurées à nos pères dès les premiers âges. »
Ce verset fait référence à une justice active qui accompagne et soutient l’individu dans ses actions. Selon l’interprétation de Rabbi Nathan, cela illustre le pouvoir de la charité (tsedaka) à « réveiller » et élever le bien, même lorsqu’il est tombé au plus bas. Le bien, représenté ici comme une force latente, peut être restauré et réintégré dans le chemin de la justice grâce à des actes de bonté, reliant ainsi la justice divine à la charité humaine.
Ce verset décrit un moment symbolique dans le récit de Ruth et Boaz. Ruth, en découvrant les pieds de Boaz pendant la nuit, accomplit un acte humble et audacieux pour demander protection et rédemption, conformément à la coutume léviratique. Rabbi Nathan relie ce geste à la notion spirituelle de réveiller le bien tombé à un niveau inférieur. Les « pieds » symbolisent ici les sphères basses et terrestres, où le bien peut sembler enfoui ou caché, mais la charité agit pour le révéler et le restaurer, comme Ruth a révélé les pieds de Boaz pour initier un processus de rédemption.
Rabbi Na’hman de Breslev.
Le Tabernacle (Mishkan) fut construit à partir des dons volontaires des enfants d’Israël, comme le décrit la Torah dans l’Exode (Exode 35:4-29). Chaque personne était invitée à contribuer en fonction de ses moyens, apportant des matériaux précieux tels que l’or, l’argent, les pierres précieuses, le lin, la laine teintée, et bien d’autres éléments nécessaires à la construction du sanctuaire mobile. Ce processus de collecte de biens matériels représentait une forme de charité collective et de participation active à la sanctification du peuple d’Israël. Le terme « bien rassemblé » fait ainsi référence à ces contributions généreuses et collectives, symbolisant le rassemblement de forces spirituelles et matérielles pour construire un lieu dédié à la Présence divine.
La Parasha Zachor (Deutéronome 25:17-19) est lue annuellement, généralement le Shabbat qui précède Pourim, et elle contient le commandement de se souvenir de ce qu’Amalek a fait au peuple d’Israël lors de sa sortie d’Égypte. L’intérêt de cette parasha réside dans l’obligation de ne jamais oublier l’attaque sournoise d’Amalek, symbole de la méchanceté pure et du rejet de la Sainteté. En se souvenant d’Amalek, le peuple d’Israël est exhorté à rester vigilant face à l’injustice et à l’oppression, et à maintenir la lutte contre ces forces maléfiques dans l’histoire et dans le monde spirituel.
Amalek est perçu comme l’incarnation de l’impureté, de la cruauté et de la haine irrationnelle envers le peuple d’Israël et Dieu. Amalek attaque Israël non seulement physiquement, mais aussi spirituellement, cherchant à éteindre la lumière de la foi et de la Sainteté. Dans la Qabbale, Amalek symbolise la Sitra A’hara (les forces du mal opposées à la Sainteté) et l’orgueil qui rejette la Souveraineté divine. L’attaque d’Amalek est vue comme un effort pour miner la foi et l’unité du peuple juif.
Amalek peut être vaincu spirituellement par l’élévation du bien dans le monde, notamment à travers des actions de bonté, de charité et de repentance. Chaque fois qu’un individu ou une communauté agit pour répandre la lumière, l’harmonie et la justice dans le monde, cela affaiblit les forces d’Amalek. De plus, Amalek peut être vaincu par la prise de conscience de son influence négative et par le rejet de ses valeurs. Enfin, la victoire sur Amalek est liée à la purification de soi et à la sanctification du monde, notamment en se reconnectant à la mission divine du peuple d’Israël.
« Il t’a surpris chemin faisant, et s’est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et lui ne craignait pas Dieu. »
Le terme « הַנֶּחֱשָׁלִים » (hanéḥshalim), souvent traduit par « traînards », provient de la même racine que « חַלָשׁ »(ḥalash), qui signifie « faible ». Cela met en lumière le fait que ceux attaqués par Amalek étaient les plus faibles et vulnérables du peuple d’Israël. Cette faiblesse peut être physique, spirituelle ou émotionnelle, et le verset souligne que ceux qui étaient épuisés et à bout de forces étaient les cibles de l’attaque d’Amalek. Ainsi, l’attaque d’Amalek sur les « traînards » rappelle la nécessité de protéger les plus fragiles, qu’ils soient physiquement affaiblis ou spirituellement vulnérables.
La Parasha Parah est tirée du Livre des Nombres (Bamidbar), chapitre 19, versets 1 à 22. Ce passage traite de l’ordonnance concernant la vache rousse (Parah Adoumah), qui est utilisée pour purifier ceux qui sont impurs à cause du contact avec un mort. La cérémonie implique la sacrification de la vache rousse, dont le sang est aspergé, et les cendres de l’animal sont mélangées avec de l’eau pour être utilisées dans le processus de purification. Cette parasha est lue avant la fête de Pessah, car elle est liée à la purification nécessaire avant la célébration de la Pâque juive.
Le Midrash, dans son commentaire de la Parachat Parah (Bamidbar Rabba 19:8), compare la vache rousse (Parah Adoumah) à une mère qui vient nettoyer les conséquences des actes de son fils, en référence au veau d’or (Egel Hazahav). L’image suggère que la purification spirituelle (techouva) consiste à réparer les fautes passées en retrouvant une pureté originelle. Par ce biais, la vache rousse symbolise la possibilité de rectifier les erreurs de l’histoire spirituelle d’Israël, tout comme elle purifie ceux qui sont devenus impurs.
Dans le Zohar (Houkat 280), la couleur « rousse » est associée à un jugement divin sévère (dina kashya), car la couleur rouge évoque la rigueur et la justice stricte. En revanche, le terme « parfaite » se rapporte à un Jugement adouci (dina rafya), symbolisant la capacité à atténuer la sévérité du jugement en cherchant et en trouvant un aspect positif en soi-même, permettant ainsi une réconciliation et une purification. Ce passage illustre le processus spirituel de réparer les défauts en trouvant un point de bonté pour atténuer le jugement.
« Ceci est un statut de la loi qu’a prescrit l’Éternel, savoir: Avertis les enfants d’Israël de te choisir une vache rousse, intacte, sans aucun défaut, et qui n’ait pas encore porté le joug. »
« Je suis noire, ô filles de Jérusalem, belle pourtant, comme les tentes de Kêdar, comme les pavillons de Salomon. »
L’expression « Je suis noire, mais belle… » fait référence à l’idée que, malgré des apparences de défaut ou de souffrance (la « noirceur » symbolisant ici les épreuves ou le mal), la beauté intérieure et la pureté (la « beauté ») demeurent. Rabbi Nathan rapporte cela à l’idée de trouver un point positif en soi-même, même lorsque l’on traverse des moments de difficulté ou de jugement sévère. Ainsi, malgré l’apparence de « noirceur », il existe toujours un aspect pur et beau, une dimension positive qui peut purifier et atténuer le jugement, comme le symbolise la colombe parfaite mentionnée dans la Parachat Parah.



