Liqouté Halakhot - Rabbi Nathan de Breslev

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Le bitoul vers la finalité : source de la Torah et de toute réparation - 3

La lumière qui traverse l’exil et triomphe de l’oubli

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David Trauttman
oct. 27, 2026
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V

À notre époque, dans notre longue et amère galout, cet exil si prolongé — plus difficile encore que l’exil d’Égypte et tous les autres, comme en témoigne ce verset : « Elle est tombée d’une manière prodigieuse »1 (Lamentations 1:9). De fait, partout où les versets et nos Sages, de mémoire bénie, évoquent cet exil, ils insistent sur sa longueur accablante et son amertume, comme cela est abondamment développé dans les Midrachim2. Compte tenu de la durée et de l’amertume de cet exil, il nous serait impossible de le supporter — n’était-ce Hachem Lui-même, qui a préparé un remède avant la plaie : le mérite d’avoir déjà reçu la Torah au moment du don sur le mont Sinaï. Même aujourd’hui, il n’existe pas de génération orpheline. Hachem, béni soit-Il, nous envoie des Tsadiqim immenses et redoutables, qui continuent de faire descendre sur nous un rayonnement de la lumière de l’Infini, et qui nous enseignent comment nous annuler devant Lui, béni soit-Il, à chaque instant — et tout particulièrement dans les temps d’épreuve, que Dieu nous en préserve. L’essentiel, c’est qu’ils nous transmettent des explications (‘hidouchim) de Torah merveilleuses, par lesquelles ils nous font vivre et nous donnent la force de tenir face à ces forces qui, après chaque relâche, se reforment et attaquent de nouveau, toujours avec plus d’intensité. Chaque fois, nous les annulons grâce à la sainte Torah, que nous avons eu le mérite de recevoir par l’intermédiaire de Moché Rabbénou, paix sur lui, ainsi que grâce aux innovations sublimes révélées par les grands Tsadiqim de chaque génération, comme il est dit : « C’est là ma consolation dans la misère, que Ta parole me rende la vie. » (Psaume 119:50).

VI

C’est cela le sens profond de l’allumage des bougies de ‘Hanouka : Matityahou, ses fils, et tous les Tsadiqim de cette génération ont mérité d’atteindre l’annulation décrite plus haut dans sa perfection, au point de prolonger ensuite un rayonnement très élevé du reshimou (l’empreinte de la lumière) — ce qui correspond au don de la Torah. Par cette lumière, ils purent vaincre la royauté impie des idolâtres, comme nous l’avons vu. Grâce à cette illumination, ils purent transmettre à toutes les générations un éclat spirituel particulier qui se renouvelle chaque année « à cette époque-là, en ce temps-ci ». C’est pourquoi ils instituèrent pour nous les huit jours de ‘Hanouka, et ordonnèrent d’y allumer les bougies : cet allumage sacré représente le prolongement de la lumière et du rayonnement du reshimou issu de l’annulation, qui est la racine même du don de la Torah. C’est par cette lumière que l’on surmonte tous ceux qui se dressent contre nous — et qui se renforcent toujours davantage, tel un affrontement renouvelé entre deux hommes, comme il a été expliqué. Mais grâce au don de la Torah issue de la lumière du reshimou — que représente précisément l’allumage des bougies de ‘Hanouka —, on peut triompher d’eux. C’est pour cela qu’il y a huit jours de ‘Hanouka : pour prolonger l’éclat du don de la Torah depuis sa racine, qui est la dimension du huitième jour — Bina —, laquelle contient en elle les trois sefirot supérieures3. C’est là que la lumière du reshimou vient s’attacher et se fixer. En effet, Bina correspond au cœur, à la joie intérieure, comme dans le verset : « Tu as mis la joie dans mon cœur »4 (Psaume 4:8), et c’est ce cœur qui constitue le réceptacle pour recevoir la Torah. De là, cette lumière se prolonge dans les sept jours de la construction, qui représentent les sept midot, les sept attributs fondamentaux, qui englobent l’ensemble de la Torah — comme il est écrit : « Elle a sculpté les sept colonnes »5 (Proverbes 9:1), comme cela est bien connu6.

VII

Tel est le sens du rêve de Pharaon, dont la réparation fut accomplie par Yossef lorsqu’il en donna l’interprétation7. C’est pourquoi cette paracha est lue pendant les jours de ‘Hanouka8. En effet, Pharaon eut cette vision alors qu’il dormait — et le sommeil est lié à l’état d’annulation dont nous avons parlé plus haut. Il vit alors les sept vaches maigres dévorer les sept vaches grasses — image de la domination du mal sur le bien, autrement dit de la suprématie des sept midot mauvaises sur les sept bonnes, jusqu’à ce qu’il soit dit (Genèse 41:21) : « Elles entrèrent dans leur ventre, et l’on ne pouvait pas savoir qu’elles y étaient entrées. »9 Tel est le pouvoir de la sitra a‘hara, qui se renforce constamment pour faire oublier à l’homme tout souvenir du bien — comme s’il n’en avait jamais vu de sa vie —, alors même qu’au début de l’annulation, il ne voyait que le bien, symbolisé par les sept vaches grasses. Mais voilà que, dès le réveil — c’est-à-dire au moment où l’on commence à sortir de cet état d’annulation —, les sept vaches maigres réapparaissent et se renforcent de nouveau. Elles symbolisent le mal qui guette, qui s’attaque à l’homme et redouble de force précisément à ce moment-là, comme on l’a vu plus haut. C’est ce qui explique que l’apparition des vaches maigres soit décrite immédiatement avant le réveil, comme il est écrit là-bas : « Leur apparence était mauvaise… et il se réveilla. » Toute la paracha suit cette même logique.

C’est ainsi que le rêve de Pharaon fut interprété d’une façon juste par Yossef, car il avait atteint la finalité de l’annulation parfaite et comme il convient. C’est cela le sens du verset (Genèse 49:22) : « Yossef est un rameau fertile, un rameau fertile au bord d’une fontaine (עֲלֵי עַיִן) »10 — ce qui peut aussi se lire : « il dépasse l’œil », car Yossef, prototype du Tsadiq véritable, s’élève au-dessus du regard. Il ferme complètement ses yeux au spectacle de ce monde et ne lui porte aucun regard, même fugitif. C’est pourquoi il est dit qu’il « dépasse l’œil » : il domine le regard, car celui qui regarde ce monde, en proportion même de son regard, se place sous l’autorité de l’œil.

Le regard prend alors le pouvoir sur lui, puisqu’il se laisse entraîner par ses yeux. Comme l’ont enseigné nos Maîtres, de mémoire bénie (Sota 9a), à propos de ceux qui suivent leurs yeux : « Que votre cœur et vos yeux ne vous entraînent pas à l’infidélité »11 (Nombres 15:39) — afin que l’œil ne voie pas et que le cœur ne convoite pas au point d’en devenir esclave. Au contraire, l’homme doit se renforcer contre le regard et le cœur, les dominer, les dépasser — à l’image de ceux qu’on appelle ‘ole ‘ayin, « ceux qui s’élèvent au-dessus du regard », sans accorder aucun regard à ce monde. C’est là la dimension de Yossef, appelé ‘ole ‘ayin. C’est pourquoi il est capable d’annuler toute honte et tout déshonneur, qui sont l’essence des désirs nés de la sitra a‘hara, selon ce verset (Genèse 30:23) : « Dieu a ôté ma honte. »12

(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 4, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)

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