Article précédent : La lumière qui traverse l’exil et triomphe de l’oubli
C’est ainsi que Yossef atteignit l’annulation parfaite, et grâce à cela il put interpréter et réparer le rêve de Pharaon, faisant triompher le bien sur le mal — les sept années d’abondance sur les sept années de famine. C’est le sens de ce verset (Genèse 46:4) : « Yossef posera sa main sur tes yeux »1 — sa main, précisément, symbolise le don de la Torah à partir de la reshimo (l’empreinte de la lumière), car la réception véritable se fait par les mains, comme il est dit (Deutéronome 9:15) : « Les deux Tables de l’Alliance étaient dans mes deux mains »2, et encore : « gravées du doigt de Dieu »3, ce qui est aussi rapporté dans les enseignements de nos Sages (Taanit 31a) : « Chacun montre du doigt… »4 — car la réparation dépend essentiellement de la Torah reçue ensuite, comme nous l’avons vu.
Or, la Torah protège les yeux : même lorsque l’on revient de l’état d’annulation, les forces du mal ne peuvent plus se renforcer, car elles sont vaincues par la Torah, comme il est dit (Psaumes 19:9) : « Le commandement de l’Éternel est lumineux ; il éclaire les yeux. »5 Ainsi, « Yossef posera sa main sur tes yeux » — sa main, précisément, et tes yeux, précisément : même lorsqu’on revient de l’annulation — ce qui correspond à l’ouverture des yeux —, ces forces ne pourront plus dominer, car elles seront annulées par la Torah.
C’est pourquoi les Tsadiqim et les personnes droites, même lorsqu’ils sortent de l’état d’annulation et rouvrent les yeux, ne regardent jamais, à Dieu ne plaise, les vanités de ce monde. Ils préservent leurs yeux grâce à la Torah qu’ils ont reçue dans l’annulation. Par cela, tous les jugements, toutes les épreuves et toutes les forces du mal s’annulent. C’est cela le sens de « Yossef posera sa main sur tes yeux », comme nous l’avons dit.
Le tekhelet ressemble à la mer, la mer au ciel, et le ciel au Trône de Gloire, là où réside la Présence d’Hachem — lumière de l’Infini, dimension du takhlit.
VIII
Cela correspond à la fonction spirituelle des tsitsit, qui viennent réparer les vêtements6 — symboles des réceptacles des mochin (facultés intellectuelles). En effet, il faut d’abord raffiner et purifier profondément ces réceptacles — autrement dit, les vêtements — afin qu’ils puissent recevoir la lumière resplendissante du reshimou, émanant de l’état de bitoul vers l’Ein Sof, afin qu’elle ne disparaisse ni ne s’efface de la conscience. Car en réalité, au plus profond de lui-même, chaque membre d’Israël brûle d’un désir ardent de se tourner vers Hachem. En son for intérieur, il dirige sans cesse son regard vers la finalité — la lumière de l’Infini, source de son âme — et aspire à s’y attacher et s’y fondre. Mais cette aspiration s’inscrivant dans une dynamique de « va-et-vient » (cf. Ézéchiel 1:14), lorsqu’il se trouve dans la phase de retrait (vachov), les réceptacles de ses mochin, c’est-à-dire ses vêtements spirituels, ne sont plus aptes à recevoir cet éclat, si bien qu’il ne parvient plus à étancher sa soif. Dès lors, dans la plupart des cas, cette lumière s’efface complètement de sa conscience7. C’est pourquoi le mauvais penchant et ses légions s’acharnent contre Israël avec d’autant plus de violence qu’ils perçoivent son désir constant de fuir vers la finalité. Cette lutte est d’autant plus intense envers les talmidé ‘hakhamim intègres, qui aspirent profondément à cette finalité : c’est contre eux que l’adversaire se déchaîne le plus, comme l’ont enseigné nos Sages, de mémoire bénie (Soucca 52a).
Cela correspond à ce que nous avons vu plus haut : il existe, dans ce mouvement d’effacement de soi et de contemplation de la finalité, des milliers et des myriades de degrés et de niveaux différents, d’un individu à l’autre, et même au sein d’un seul individu selon les époques et les moments. C’est pourquoi la mitsva des tsitsit est la première du matin : aussitôt après le réveil — qui est une forme de bitoul vers la finalité — on doit s’envelopper dans les tsitsit, afin d’attirer la lumière qui leur est propre. Par ce geste, on répare les « vêtements » — autrement dit, les réceptacles — pour qu’ils puissent recevoir la lumière de l’illumination (zéhi’ha) du reshimou, provenant de cet état d’effacement, comme cela a été vu précédemment. C’est cela le sens du verset (Nombres 15:39) : « Leur vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel… »8 — car la lumière des tsitsit provient, dans sa racine, de la contemplation de la finalité, d’où procède toute la Torah, comme expliqué plus haut.
C’est cela le sens du tekhelet (la laine bleue dans les tsitsit) : tekhelet fait allusion à la takhlit (la finalité), comme cela est expliqué dans la leçon18 du Liqouté Moharan9. C’est pourquoi il est écrit : « Vous les verrez » — ce qui désigne principalement le takhlit, car on doit diriger son regard vers le tekhelet, symbole du takhlit. En effet, le tekhelet ressemble à la mer, la mer au ciel, et le ciel au Trône de Gloire, là où réside la Présence d’Hachem — lumière de l’Infini, dimension du takhlit. C’est cela (ibid.) : « Ne vous égarez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux » — autrement dit, ne tourne pas ton regard vers les vanités de ce monde, mais oriente ta vision et ta contemplation vers la finalité seule, symbolisée par le tekhelet. Ainsi, on attire une lumière émanant du takhlit pour réparer les vêtements, qui sont les réceptacles, afin qu’ils soient capables de recevoir la lumière du reshimou, source de toute la Torah, comme cela a été dit. C’est là le sens du verset : « Leur vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel » — car tous les commandements, qui englobent toute la Torah, prennent leur source dans la lumière du reshimou évoquée plus haut.
(Ora’h ‘Haïm – Lois de Netilat Yadaïm du matin, Halakha 4, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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