Hanouka et la sagesse du Tsadiq - 9
Élever sans repousser
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De même que plus un malade est gravement atteint, plus il doit rechercher un maître d’une élévation exceptionnelle pour le guider, comme mentionné plus haut, de même, plus le maître et le Tsadiq atteignent une grandeur élevée, plus ils doivent illuminer également les plus petits et les plus humbles. C’est là l’essence même de leur élévation et de leur grandeur : rapprocher ceux qui sont le plus éloignés. Telle est aussi l’essence même de la grandeur et de la gloire de l’Éternel, béni soit-Il, comme il est écrit ailleurs (Liqoutei Moharan I, 10).
Bien qu’il soit évident qu’il faille dissimuler la grande lumière, et a fortiori lorsqu’on atteint des niveaux et des perceptions d’une élévation immense – car le monde n’est pas digne d’en faire usage1 –, malgré cela, ces maîtres emploient des stratégies sublimes et établissent des rectifications en revêtant la lumière dans des enveloppes et des contractions prodigieuses, jusqu’à illuminer même les plus petits en élévation, comme mentionné plus haut. Par cela, ils ajoutent continuellement et intensifient la lumière, la faisant descendre toujours plus bas, jour après jour, selon l’aspect de Mosif vé-holèkh (« on ajoute progressivement »).
Car « on élève dans la sainteté et l’on ne rétrograde pas »2 (Chabbat 21b, voir là-bas). Mais cela pose une question : peut-on seulement concevoir qu’il soit envisageable de faire descendre la sainteté, à Dieu ne plaise ? En réalité, cela correspond à l’aspect mentionné plus haut : certains Tsadiqim, d’une élévation immense, ne peuvent, en raison de leur sainteté intense, supporter le monde tel qu’il est. Ainsi, par l’effet même de leur extrême sainteté, ils finissent par repousser et éloigner certains individus, à Dieu ne plaise, car ils s’irritent contre eux et ne peuvent tolérer la laideur de leurs actes.
3Mais l’Éternel, béni soit-Il, ne désire pas cela, car Il désire la bonté. Il veut que les Tsadiqim aient toujours de la miséricorde pour Israël et qu’ils les rapprochent, même tels qu’ils sont. Même si Lui-même, béni soit-Il, est animé d’une grande colère contre eux en raison de leurs mauvaises actions, Il veut que les Tsadiqim prient pour eux et les rapprochent. Comme l’ont dit nos Sages (Chémot Rabba 48:2) à propos du verset (Exode 33:7) : « Moché prit la tente et la dressa hors du camp, loin de son enceinte. »4 Parce qu’ils avaient tellement fauté, l’Éternel, béni soit-Il, dit : « Moi, Je suis en colère, et toi aussi, tu es en colère ? Alors, qui les rapprochera ? » Comme le rapporte Rachi (ibid. 11).
Certains Tsadiqim, d’une élévation immense, ne peuvent, en raison de leur sainteté intense, supporter le monde tel qu’il est. Ainsi, par l’effet même de leur extrême sainteté, ils finissent par repousser et éloigner certains individus, à Dieu ne plaise.
Nous trouvons également plusieurs prophètes et Tsadiqim à qui l’Éternel, béni soit-Il, Se confiait, leur exprimant, pour ainsi dire, Sa grande douleur face aux nombreuses fautes d’Israël. Mais lorsque ces prophètes renforçaient Ses paroles sans plaider en faveur d’Israël, Il s’irritait fortement contre eux. C’est ce que nous constatons avec le prophète Hochéa5. De même, à propos d’Éliyahou, qui déclara (I Rois 19:10) : « J’ai fait éclater mon zèle… »6, il lui fut dit (ibid. verset 16) : « Tu oindras Élicha, fils de Shafat, comme prophète à ta place. » Nos Sages ont expliqué (Mekhilta sur Bo, introduction, cité par Rachi ibid.) qu’Hachem lui signifia ainsi : « Je ne veux plus de ta prophétie, car tu accuses Israël. »
Car l’Éternel, béni soit-Il, désire que l’on plaide en faveur d’Israël et que l’on ait de la compassion pour eux, même envers les plus indignes, afin de tous les rapprocher de Lui, béni soit-Il. C’est ainsi que fit Moché Rabbénou, paix sur lui, allant jusqu’à mettre sa vie en jeu pour Israël en disant (Exode 32:32) : « Sinon, efface-moi donc… »7.
Cela correspond à l’enseignement : Maalin baKodesh – (« On élève dans la sainteté et l’on ne rétrograde pas »). En effet, plus on progresse et s’élève dans la sainteté, plus on atteint une perception accrue de la divinité, et plus on doit s’efforcer d’élever toujours davantage d’âmes.
« On ne rétrograde pas » – c’est-à-dire qu’ils doivent prendre garde à ne pas faire chuter des âmes en raison de l’intensité de leur sainteté. Autrement dit, ils ne doivent pas en venir à nourrir une rigueur excessive envers Israël en raison de leur élévation spirituelle et de leur perception de l’Éternel, car cela pourrait les amener à ne plus supporter ceux qui sont éloignés, jusqu’à ressentir de la colère à leur encontre et, par conséquent, risquer de les repousser, à Dieu ne plaise. C’est cela l’idée de po’hèt vé-holèkh (« diminuer progressivement »), comme l’ont enseigné Beit Shammaï, ainsi que mentionné plus haut.
Mais il n’en est pas ainsi8. Il faut être « en constante élévation dans la sainteté et ne pas descendre ». Plus on atteint un niveau supérieur et une perception spirituelle plus grande encore, plus il est nécessaire de faire preuve de sagesse et d’élaborer de nouvelles contractions (Tsimtsoumim) par des stratagèmes prodigieux, afin de pouvoir rapprocher un plus grand nombre d’âmes et guérir même ceux qui sont les plus éloignés et les plus gravement atteints, comme mentionné plus haut.
Tout cela correspond à l’aspect de la lumière de ‘Hanouka, que l’on allume en dessous de dix téfa’him. C’est pourquoi il faut suivre le principe de mosif vé-holèkh (« ajouter progressivement »), comme mentionné plus haut.
(Ora’h ‘Haïm – Lois du lever du matin, Halakha 4, Liqouté Halakhot de Rabbi Nathan de Breslev)
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La lumière primordiale cachée – Nos Sages enseignent (‘Haguiga 12a) que lors de la Création, Hachem fit apparaître une lumière d’une intensité spirituelle extraordinaire, permettant de voir d’un bout à l’autre du monde. Cependant, Il vit que le monde n’était pas digne d’en faire usage et la mit en réserve pour les Tsadiqim dans le futur. Cette lumière, appelée Or HaGanouz (« la lumière cachée »), est associée à une perception spirituelle supérieure et à la révélation de la sagesse divine.
« On élève dans la sainteté et l’on ne rétrograde pas » est un principe fondamental en halakha. Il exprime l’idée qu’une fois qu’un élément a atteint un niveau de sainteté supérieur, il ne doit pas être rabaissé. Ce principe est appliqué dans de nombreux domaines, tels que l’ordre des bénédictions, l’utilisation d’objets rituels et la progression spirituelle en général. Il reflète l’idéal selon lequel toute croissance dans la sainteté doit être continue et irréversible.
À partir d’ici, et jusqu’à la fin de la section 11, Rabbi Nathan semble rendre un hommage discret mais profond à son maître, Rabbi Na’hman de Breslev. En insistant sur l’importance pour les Tsadiqim de ne jamais repousser les âmes égarées, mais au contraire de les rapprocher avec miséricorde, il fait écho à la démarche de Rabbi Na’hman lui-même, qui prônait un accueil inconditionnel et une grande compassion envers les plus éloignés. Cet hommage transparaît particulièrement dans l’accent mis sur la nécessité pour un véritable Tsadiq de prier pour Israël, même lorsque les fautes du peuple sont grandes, et de chercher sans relâche des moyens d’élever chaque individu, quelle que soit sa condition spirituelle. Puissions-nous tous mériter de rencontrer un tel maître et Tsadiq, qui nous guide avec sagesse et amour vers la vérité.
« … et il la nomma Tente d’assignation ; de sorte que tout homme ayant à consulter le Seigneur devait se rendre à la Tente d’assignation, située hors du camp. » Après la faute du Veau d’or, Moïse dressa une tente hors du camp, appelée Ohel Moed (Tente d’assignation), où il se retirait pour parler avec Hachem. Cette séparation symbolisait l’éloignement de la Présence divine, tout en laissant la possibilité d’un retour par la téchouva et la recherche de Sa proximité.
Voir Pessa’him (87a), il est rapporté qu’Hachem reprocha à Hochéa de ne pas avoir intercédé en faveur d’Israël lorsqu’Il lui annonça qu’Israël Lui était infidèle.
« Il répondit : “J’ai fait éclater mon zèle pour toi, Seigneur, Dieu-Cebaot, parce que les enfants d’Israël ont répudié Ton alliance, renversé Tes autels, fait périr Tes prophètes par le glaive ; moi seul, je suis resté, et ils cherchent aussi à m’enlever la vie”. »
« Pourtant, si Tu voulais pardonner à leur faute !... Sinon efface-moi du livre que Tu as écrit”. » Après la faute du Veau d’or, Hachem annonça à Moïse qu’Il allait détruire le peuple d’Israël et faire de lui une nouvelle nation. En réponse, Moïse intercéda en faveur d’Israël avec une supplication audacieuse : il demanda à Hachem de pardonner le peuple, sinon d’effacer son nom de la Torah. Ce geste illustre l’abnégation totale de Moïse pour Israël et son rôle d’intermédiaire entre Hachem et le peuple.
Rabbi Nathan réfute ici l’idée selon laquelle une élévation spirituelle impliquerait de se séparer des âmes éloignées. Au contraire, plus un Tsadiq atteint un niveau supérieur, plus il doit user de sagesse pour attirer à lui même les plus éloignés. Cette approche s’oppose à celle de Beit Shammaï, qui préconise de restreindre l’accès à la lumière divine. L’auteur insiste sur la nécessité d’élever toujours davantage d’âmes, conformément au principe : « On élève dans la sainteté et on ne rétrograde pas ».




